Je ne peux pas dire combien de temps il s'est écoulé avant leur retour. Quand Papa est rentré dans la maison il était soutenu car il avait du mal à marcher seul. Je lui ai demandé ce qu'avait Romain et il m'a répondu RIEN ... Il avait été emmené à l'écart dans le camion des pompiers, pour le protéger des familles qui arrivaient sur les lieux comme on nous l'a expliqué après et ensuite transporté à l'hôpital pour des analyses. Baptiste s'est précipité dans ta chambre et je l'ai suivi. Il s'est mis a arracher du mur toutes les photos que tu avais d'accrochées au dessus de ton lit, toutes les photos de Romain et toi, je l'en ai empêché en lui disant qu'il n'avait pas le droit, que c'était tes photos, que ce n'est pas ce que tu aurais voulu, il pleurait et insultait Romain et il n'était pas le seul d'ailleurs. Par la suite Papa a décroché toutes les photos et retourné le cadre qui était sur ton bureau, celui que je t'avais fait pour ton anniversaire comme tu me l'avais demandé, un cadre avec des photos de vous deux. Il ne supporte plus d'en voir.
Sabrina et Nicolas sont arrivés, ils étaient avec vous au Kebab ce soir là, avec tous les autres. C'est Nicolas (qui est pompier volontaire) qui, en arrivant sur les lieux de l'accident puisque vous vous suiviez tous en voiture, a alerté les secours et quand il t'a trouvé, éjectée de la voiture, à plat ventre sur le sol, il t'a donné les premiers secours en essayant de te ranimer en attendant l'arrivée des pompiers, mais c'était déjà trop tard, il n'a rien pu faire.
Sabrina ne comprenait pas pourquoi toi, pourquoi vous, elle et Nicolas aurait du monter en voiture avec vous ce soir là mais ils avaient changé d'avis et pris leur voiture. Gabin aussi, le frère de Romain, aurait du se trouver dans la même voiture en repartant du Kebab mais les circonstances ont fait qu'il a du monter avec quelqu'un d'autre puisque Isabelle était déjà installée en voiture et du coup Guillaume est monté avec elle, avec vous.
Hugo disait que ce n'était pas de la faute de Romain, que c'était de la faute des autres, que Romain t'avait protégé parce qu'il t'aimait ...
Petit à petit chacun est reparti, Mamie a emmener Hugo avec elle, nous avons tous pris un décontractant pour essayer de dormir un peu. Le lendemain matin on nous attendait au funérarium, tu nous attendais.
Baptiste est monté dans sa chambre, il était allongé sur son lit et il ne disait rien. Je me suis allongée avec lui, je l'ai pris dans mes bras et je lui ai dit "pleure, il faut pleurer, ça fait du bien" et il a laisser ses larmes couler, il ne comprenait pas, je ne comprenais pas ...
Quand avec papa on s'est couché on a beaucoup pleuré et il s'est vite endormi, complètement sonné par le médicament, les heures qu'il venait de vivre et les images d'horreur qu'il avait du affronter et qui sont marquées à jamais dans son esprit comme pour Baptiste, ceux qui les ont accompagnés ce soir là, toutes les familles arrivées sur les lieux de l'accident et tous vos amis qui vous suivaient et qui sont arrivés les uns après les autres en voiture, ne comprenant pas sur le coup en voyant l'accident que c'était votre voiture qui était là, coupée en deux, sur la route.
J'ai eu du mal à m'endormir, culpabilisant parce que je n'étais pas près de toi sur cette route, j'aurai du venir te rejoindre, je t'ai laissé partir seule dans cet endroit froid et lugubre et je m'en veux encore. J'aurai du t'accompagner, rester près de toi pour te rassurer, pour te réchauffer. Je me suis endormie en serrant contre moi ton gilet beige, imprégné de ton parfum, que j'ai gardé plusieurs nuits dans notre lit le partageant avec papa. Il m'a fallut quelques jours pour arriver à ne plus le faire, on savait que ce n'était pas une solution, mais au début on a eu vraiment besoin. J'étais persuadée qu'en me réveillant le lendemain tout serait comme avant, que ce que nous vivions n'était qu'un mauvais rêve, un horrible cauchemar, et qu'une chose pareille ne pouvait pas nous arriver.